Cri de biodiversité
Huile et acrylique sur bois (240x120cm)
 

DSC08919-2.jpg

Je me barre de l'échiquier...
Huile sur toile (90x70cm)
 

La police Din est très populaire sur les sites de technologie. Cette police est idéale pour créer des titres de pages avec impact.

DSC08906-2.jpg

...en quête de ma véritable sculpture...
Huile sur toile (70x50cm)
 

DSC08912-2.jpg

...libre de m'associer à des compagnons au dessein désirant.
Huile sur toile (70x50cm)
 

DSC08915-2_edited.jpg

Le jeu de la vie

 

Là. De petits pions gisent là.

En tas, des chevaux terrassés, quelques fous à lier et une tour émiettée sont à terre, las, sur la table basse du salon.

Hélas, des querelles d’injures fusent dans l’air, à en faire crever les fuseaux horaires.

C’est le brouhaha de l’Etat-échiquier.

En tas, la plupart des pièces sont à terre.

Ici-bas, les uns imposent aux autres de se taire.

-Un peu de silence voyons. C’est à cause de vous, petits pions de rien du tout, si on a perdu la partie.

-Arrêtez de monter sur vos grands chevaux, les cavaliers. C’est toujours nous les sacrifiés, vos déplacements n’étaient pas assez étudiés, vous n’avez pas assez cavalé pour nous protéger.

- Comment osez-vous donner des leçons ! Etre pion c’est savoir se sacrifier pour défendre un tablier en temps de guerre.

- Mais non, calmez-vous, arrêtez de monter dans les tours, il faut faire preuve de solidarité pour mettre en pièce les pièces adverses.

- Vous n’avez rien compris, ça ne dépend pas de nous si l’on trépasse, c’est à cause de la main dirigeante, manipulante, et de ses tours de passe-passe.

- Peut-être mais c’est surtout celle de la main ennemie, qui a été plus stratège que la nôtre, il faut trouver un meilleur joueur, une meilleure tête aux doigts agiles, qui nous voudra du bien !

– Ou un autre roi, dans ce cas !

– De toutes façons c’est la faute à ces fainéants de pions !

– Non, faute aux cavaliers !

– Non, faute aux pions !

– Non, faute au roi !

– Vous êtes fou, taisez-vous les mauvais joueurs, ce n’est pas notre première défaite, on gagnera à la partie suivante…

Tout cette cohue est interrompu par une voix cinglant les cieux : « Echec et mat ! On se refait une partie ? »

« NON ! » lance un des pions qui n’avait rien dit jusqu’ici.

Immense silence. On n’entend même plus frémir les lances.

« Non, non et non ! Le réel problème est qu’on se concentre tous à sauver le roi au lieu de sauver notre peau. Qu’on se tient à carreau depuis des années. Des siècles même, depuis que ce jeu et ces sales règles ont été inventé. Ces sales règles faites de cases et de castes pour mieux qu’on reste en place, avec toujours ces mêmes trajectoires calculées qu’on essaye de diversifier. Le problème n’est pas si on a gagné ou non la partie, si on a remporté le pari, si on s’est sacrifié pour la patrie. Non, car dans tous les cas, on ne nous demande jamais notre avis. Par contre, pour ne pas la perdre on nous demande de gagner notre vie, et si on refuse on reste sur le parvis.

Le problème n’est pas non plus quelle main nous dirige. D’ailleurs, elles changent de camp suivant les tournois. Ça me noie l’estomac, ça me tourne la tête leurs doigts poisseux qui ont plusieurs coups d’avance. Aussi, ça me coupe la panse vos querelles tantôt bienpensantes, tantôt fulminantes. C’est décidé, je me barre de l’échiquier. Je m’en vais parcourir le salon, la maison, le jardin, qui sais au-delà ? Je ne peux pas rester là, toute ma vie, engoncé dans toutes ces cases, ces schémas préfabriqués, c’est naze. Je ne suis pas malade, juste envie de devenir nomade. Même sans pieds, j’avancerai en faisant des roulades,  vous venez ?

 J’en ai marre, je me barre de l’échiquier, en quête de ma véritable sculpture. Je sens que le bois dur dont je suis fait me murmure un désir de plasticité. Ça c’est sûr, je veux transgresser le moule de la cité. Je veux me sculpter avec fluidité, me peindre avec cohérence. Chaque jour je veux être modelé par la danse de mes errances, par la rencontre de l’altérité, par les processus d’expérimentation. C’est ça, je ne veux plus prendre au sérieux la compétition. Je veux créer, marre de cogner, je veux grandir, marre de périr. Je ne veux plus être un pion docile en bas de la hiérarchie. Ni même en haut car, finalement, la reine et le roi perdent aussi.

Ça sera pas facile, j’ai déjà le vertige. Y’aura plus personne qui me dirige, seule maîtresse de mes déplacements. Mais même si la peur me fout des tremblements, je me dis que ça ne pourra pas être pire que l’enferment. Ma liberté sera mon phare. Je me barre de l’échiquier, vous m’entendez. Je me barre, je me marre déjà à l’idée  de cette désertion. Vous savez, j’ai toujours rêvé d’être une sorte de pièce de puzzle. Une pièce qui s’assemble à d’autres pour créer une image commune. Une image où l’âme agit, où l’amitié fait société, où le personnel est politique. Où l’éthique est un projet commun. Ca serait pas commun hein ? Mais ça serait beau. Ca sera pas facile, mais ce sera  juste. Je  sens au fond de mon buste que la beauté c’est la justesse, c’est la justice. Venez, on laisse l’Etat-échiquier pour  tisser une sorte de puzzle. Un puzzle en mouvement, sans coin ni rebord, je vous assure, on aura pas de remords. Un puzzle autogéré, où chaque pièce est unique, ne ressemble à aucune autre, libre de naviguer pour s’associer à des compagnons au dessein désirant. Je ne veux plus de compétition, mais de l’organisation, là où  le conflit se fait construction. Plus de parti, ni de pari, plus de patrie, ni de parvis, allez c’est partie ! Devenons des pièces peintes, qui se teintent pour faire partie d’un beau dessin, pour prendre part au jeu de la vie, pour former un grand tout. Oui c’est ça, je ne veux plus être un petit pion de rien du tout mais la pièce d’un grand Tout.

C’est jamais trop tard, venez, on se barre. Venez, on se barre de l’échiquier en prenant soin de le cramer !»